« Un sourire est souvent la solution au vilain courroux », disait le preux chevalier Bohort dans la série télévisée Kaamelott. Celui de Sébastien Pocognoli tranchait avec la mine fermée qu’il affichait, à chaud, après le match contre le Paris Saint-Germain. Au début de la séance d’entraînement collectif, jeudi matin, et alors que le groupe monégasque était réuni en cercle autour du staff, l’entraîneur de l’AS Monaco faisait applaudir Simon Adingra et Wout Faes par leurs partenaires, pour avoir joué leur premier match de Ligue des champions. Le Belge a ensuite dirigé l’attention vers Aleksandr Golovin et chambré le Russe pour son nouveau carton rouge, le second en quelques jours, ce qui aussi valu quelques applaudissements, on imagine cette fois volontiers plus moqueurs, mais avec la volonté de tourner la page.
C’était également le cas pour son entraîneur. Si cet épisode était abordé dans l’ambiance assez détendue d’un début de séance, elle l’était certainement un peu moins mardi soir. Tout de suite après la rencontre, le Belge a dit ce qu’il avait à dire, mais il a eu la sagesse d’attendre ensuite le surlendemain pour reparler de ce fait de match avec le principal intéressé. « J’ai communiqué après le match, un peu plus à chaud. Hier (mercredi), je n’ai pas communiqué avec lui. On a laissé passer la journée. Je pense que c’est mieux pour tout le monde aussi, a confié Pocognoli. Aujourd’hui (jeudi), on l’a réabordé d’une manière plus posée et avec un peu plus de recul. »
Si l’ancien technicien de l’Union Saint-Gilloise n’avait pas remis en cause la décision arbitrale et n’a pas varié d’un iota à ce sujet, il lui a cherché une circonstance atténuante. « Il est logique vu l’impact, mais je ne pense pas que ce soit volontaire. Je pense qu’il essaie de passer devant le joueur avec une fraction de seconde trop tard. Il y a de la malchance », a-t-il défendu. Il s’est cependant montré plus sévère sur celui écopé contre Nantes. « C’est forcément quelque chose sur lequel on peut discuter, sur la gestion des émotions, vu son expérience, a jugé le Liégeois. Le plus important, c’est que dans chaque situation, le joueur apprenne, peu importe l’âge. »
« Il y a trop de cartons rouges »
Sébastien Pocognoli
C’est notamment sur ce point que l’ancien meneur du CSKA Moscou déçoit. Après huit saisons sur le Rocher, un statut de cadre jamais vraiment assumé et jamais vraiment remis en question, Golovin a écopé de son sixième carton rouge avec l’ASM en 258 rencontres. Un record pour un Monégasque au XXIe siècle qui peut être nuancé par rapport à la rare longévité du Russe en Principauté, mais qui interroge dans le même temps pour un élément offensif.
Et voir l’international de la Sbornaïa, à bientôt 30 ans, adopter une attitude toujours aussi contestataire, nourrit un certain agacement à son sujet et donne le sentiment de ne pas le voir mûrir : « Je pense qu’il a conscience que ce n’était pas une bonne chose pour l’équipe. Je ne pense pas qu’il y ait une intention de nuire au collectif. (…) En tout cas, on a le droit d’attendre de Golo qu’il ait le même rendement avec le ballon, avec certainement plus de leadership dans ses moments d’émotion. »
À Lens, Vanderson et Golovin manqueront à l’appel pour cette raison et l’entraîneur asémiste le regrette forcément surtout qu’il était satisfait des progrès du Russe récemment, à un poste de meneur axial, ce qui lui a permis d’être davantage impliqué dans l’animation offensive et d’être surtout plus décisif, avec deux passes contre Nantes et une autre contre Paris. Et les fréquentes suspensions, en plus des blessures déjà trop nombreuses depuis plusieurs mois, nuisent à la continuité de son travail : « C’est beaucoup plus compliqué de mettre un onze de base cohérent dans les automatismes et de trouver une certaine constance. C’est pour moi le mot d’ordre, et on a eu beaucoup de mal à le faire ces dernières semaines. »
Sur un volet plus global et qui ne concernait pas seulement Golovin, Pocognoli n’a pas pu s’empêcher de pester sur le fait que son équipe prenait « trop de cartons rouges ». Avec huit expulsions cette saison, toutes compétitions confondues, l’ASM est le club le moins discipliné de l’Hexagone. Un problème récurrent et qui a donc fait siffler les oreilles de son entraîneur plus d’une fois face à la presse : « C’est une question qu’on m’a posée beaucoup cette année et j’espère qu’on ne me la posera plus », a-t-il lancé. S’il ne souhaite plus être importuné de la sorte, la solution ne pourra venir que de son groupe.

