Proche d’un départ mardi soir, dans les dernières heures du mercato, Lamine Camara a rapidement digéré sa déception pour livrer une solide prestation face au PSG. S’il continue sur sa lancée, il pourrait changer de dimension avant de voir ses rêves d’Angleterre exaucés.
Au milieu des exclamations de joie et des embrassades, il y a sans doute eu des mots qui n’appartiendront qu’à eux. Sur la pelouse du Parc des Princes, après la victoire monégasque face au PSG (2-1) vendredi, Lamine Camara a eu droit à un gros câlin de Denis Zakaria, penché au creux de son oreille. Pendant plusieurs secondes, le capitaine de l’AS Monaco a étreint son compère du milieu, avec lequel il forme un joli duo depuis deux saisons, et l’a traîné sur plusieurs mètres, comme s’il avait fait du natif de Diouloulou sa « chose ». Sur le terrain, depuis le début de la saison, c’est un peu le sort que réserve le Sénégalais à ses adversaires. Cela avait été particulièrement visible contre l’OM, cinq jours plus tôt, où il avait rayonné au Louis-II. C’était peut-être moins évident contre le terrifiant trio du double champion d’Europe parisien, mais il en est pourtant ressorti la tête haute.
Les probabilités de le voir accuser le coup sous la fine pluie parisienne n’étaient pas nulles, car Camara sortait d’une semaine houleuse qui en aurait perturbé plus d’un. Quelques jours plus tôt, l’ancien Messin était proche de rejoindre Chelsea, avant que le club de la Principauté n’oppose son véto à ce transfert. Une déception qu’il a fallu digérer pour le Lion de la Teranga, qui aurait bien aimé se rendre du côté de Stamford Bridge pour y enfiler le maillot des Blues. Si on pouvait craindre que le milieu sénégalais soit atteint par cette situation, il n’en a rien été, et le bleu de Chelsea a été délaissé pour le bleu de chauffe. « Tous les projecteurs étaient braqués sur Lamine, et on a vu sa performance », a commenté Flavio Nazinho, le premier buteur monégasque de la soirée.
Filipe Luis l’a intégré au groupe des capitaines
Le Portugais a vu ce que tout le monde a vu, à savoir un joueur de 22 ans qui ne s’est pas laissé manger le cerveau par tous les bruits qui l’ont entouré au cours des derniers jours et qui a ravalé sa frustration. Du début à la fin, on l’a vu totalement dans le ton, concerné par l’enjeu et au niveau de l’événement. Rarement pris en défaut tactiquement, il a oxygéné le jeu monégasque par certaines sorties de balle dans les temps faibles. Il y a bien eu du déchet dans ses transmissions, ce qui n’est pas nouveau, et c’est forcément un point sur lequel Filipe Luis va le faire travailler. Mais l’international sénégalais a aussi été là pour ses partenaires, n’hésitant pas à leur parler, comme il l’a fait avec Jordan Teze lorsque celui-ci venait de se faire prendre sans son dos.
Dans la semaine, son entraîneur avait officialisé sa présence dans le groupe des capitaines. Sans doute pas une simple consolante quand on sait à quel point il l’adore, et c’est probablement aussi un aspect sur lequel il va sans doute tenter de le faire progresser. Depuis son arrivée sur le Rocher, Camara a souvent eu tendance à afficher frustration et nervosité au cours des matches quand les événements étaient parfois contraires et ces nouvelles responsabilités pourraient lui permettre de mûrir. Mais pour ce qui est de lui remettre la tête à l’endroit, le Brésilien a nié toute responsabilité : « Je n’ai rien fait, il est différent. C’est le genre de joueur que vous ne voyez pas souvent dans le football. Son esprit, sa mentalité, son ambition, la façon qu’il a d’être compétiteur, c’est juste incroyable. »
En quelques jours, Camara a probablement gagné plusieurs années d’expérience. « Nous devons profiter de ce garçon, a encore lâché le technicien monégasque. Ça ne durera pas longtemps, parce qu’il est top. » À Monaco, on assure que ce faux départ n’était qu’un léger contretemps et que les promesses seront encore plus belles à l’avenir. « Je suis convaincu que, très bientôt, il aura des options et des offres encore meilleures que celle qu’il a reçue », affirmait Thiago Scuro, le directeur général du club, mercredi. Denis Zakaria ne tenait pas un autre discours après le match au micro de Ligue 1+. Qui sait ce si ce n’est pas ce qu’il lui a soufflé au coup de sifflet final.

