Blessé gravement à Auxerre le 21 décembre 2025, Takumi Minamino a enfin pu refouler les pelouses en match officiel, contre le CSKA Sofia, jeudi soir. La récompense d’une longue convalescence et d’une attente de près de 10 mois pour le « Samurai blue ».
Cela fait plus d’un siècle que les Samouraïs n’existent plus au Japon, mais les sept vertus de ces guerriers du passé, rassemblées dans le « Bushido » (qui se traduit par « la voie du guerrier »), continuent d’imprégner la culture moderne nippone. Ce n’est sans doute pas un hasard si les représentants de la sélection japonaise, dont fait partie Takumi Minamino, sont surnommés les « Samurai blue ». Sans le vouloir, le milieu offensif a lui aussi reçu en héritage ce code moral et d’honneur profondément ancré dans les mœurs japonaises. Sans doute que celui-ci ne lui a pas été d’un grand secours sur la pelouse de l’Abbé-Deschamps, en décembre dernier, lorsque, à la suite d’un duel avec Fredrik Oppegard, son pied gauche est resté planté au sol et que la torsion trop extrême de sa jambe a rompu son ligament croisé antérieur.
Mais il a certainement guidé son retour vers les terrains, concrétisé jeudi, au stade national Vassil-Levski de Sofia, à l’occasion de la première journée de la Ligue Conférence. Car il a d’abord fallu faire preuve de courage, l’une des sept vertus du code d’honneur pour faire face à cette blessure et en accepter ses conséquences. Ce crève-cœur de regarder les autres jouer depuis les tribunes, de s’entraîner à l’écart, hors du groupe, et de rater la plus prestigieuse des compétitions, à savoir la Coupe du monde. Dans sa douleur, le Japonais n’était pas seul. Il a trouvé en Mohammed Salisu, blessé dix jours plus tard au même endroit, un compagnon d’infortune. La compassion, une autre vertu essentielle du « Bushido », a animé les deux hommes, qui se sont naturellement trouvés en empathie mutuelle pour revenir ensemble.
« Je suis très content pour eux car ce n’était pas facile durant tout ce temps, témoignait Paris Brunner après le match contre le CSKA, et qui observait le travail acharné des deux depuis son placard. Chaque jour, je voyais qu’ils travaillaient dur, qu’ils donnaient tout pour revenir, et enfin ils sont là, donc je suis très heureux pour eux. » Durant l’été, le Japonais s’est absenté pour quelques semaines, afin de rejoindre sa sélection et vivre l’aventure étasunienne de la Coupe du monde, en tant qu’encadrant, faute de pouvoir chausser les crampons. Ce qu’il avait déjà fait en mars pour une trêve internationale, « à ses frais », avait précisé son sélectionneur Hajime Moriyasu, signe de loyauté et de respect envers son pays.
Puis il est revenu à La Turbie une fois le Japon éliminé, sans prendre de vacances, comme il l’avait promis, montrant là encore son sens de l’honneur. Reste que le chemin, entre début juillet et début octobre, date de son retour sur les terrains, était encore long. Son compère Salisu a refoulé les pelouses un peu plus tôt, pour quelques secondes, contre Lens, avant la trêve internationale. Minamino a lui, dû attendre un peu plus. Sa présence à Paris n’avait pas d’autre but que de lui permettre de retrouver l’ambiance du groupe. Il était d’ailleurs absent la semaine suivante pour Strasbourg et encore contre Toulouse au retour de la trêve.
Une dernière absence avant le retour en grâce, jeudi, contre le CSKA. Fidèle à la vertu d’intégrité, le Japonais s’est dépouillé pour le blason monégasque : « Ce soir j’ai donné 100% sur le terrain pour mon retour à la compétition. » Tout en évoquant avec sincérité et honnêteté sa performance du soir, irrégulière, faite de bonnes intentions et de manques techniques. « Ce n’était pas un match parfait de la part de l’équipe et de moi-même, car je ne retrouve pas encore les sensations d’avant ma blessure », a-t-il avoué. Mais son entraîneur Filipe Luis a vu au-delà. « Ils m’ont fait passer le message qu’ils voulaient jouer davantage », a-t-il commenté. Après dix mois de galère, l’ancien de Liverpool débutera aussi la rencontre contre Lorient, ce dimanche, récoltant les fruits de son dur labeur. Sans le savoir, Minamino a peut-être ajouté une huitième vertu au code des samouraïs : la patience.

