Le nutritionniste de l’AS Monaco, Juan José Morillas, fait figure de précurseur en Ligue 1. Arrivé en Principauté en 2016, grâce à Antonio Cordon, qui avait remarqué que le club ne disposait pas de personne dédiée à la fonction, il a été le tout premier nutritionniste à plein temps au sein d’un club de l’élite. Dans un entretien accordé au site internet de la Ligue 1, Morillas a donné quelques détails sur son rôle : « Aujourd’hui, le club dispose d’une structure performance très développée sous la direction de James Bunce, avec une partie athlétique, data science, médicale, psychologique ou encore nutritionnelle. Je suis en charge de cette dernière partie. Mon rôle est de faire en sorte que les joueurs du groupe pro soient les plus performants dans ce domaine. »
Évidemment, le contrôle de l’alimentation des joueurs est à la base de son travail et cela prend différentes formes : « Si un joueur a besoin d’avoir à disposition un chef cuisinier à la maison, nous élaborons pour lui un programme de nutrition individuel. Nous nous occupons également de la supplémentation à donner aux joueurs. Dans le nouveau Centre de Performance, nous supervisons également les menus à servir à chaque joueur à la Cafétéria du club. » Le nouveau Centre de Performance dispose d’un potager bio et cela permet d’ailleurs un meilleur contrôle sur ce que mangent les joueurs : « Les joueurs y prennent le petit-déjeuner et le repas d’après l’entraînement. En conséquence, on essaye de contrôler l’alimentation avec des chefs. Et lorsqu’ils n’en ont pas, les joueurs ont des programmes ou des idées de recettes pour cuisiner à la maison. »
Juan José Morillas doit aussi intégrer la récupération à ses programmes : « J’adapte la nutrition en fonction de la charge d’entraînement et du match. Dans les semaines avec un match le mercredi et le dimanche, on va augmenter la prise de supplémentations après le mercredi en vue du second match. (…) Quand un joueur est fatigué ou termine un match avec des douleurs musculaires, je vais l’orienter vers des aliments anti-inflammatoires ou antioxydants : des fruits rouges, du curcuma, des omega 3 comme les amandes. Et puis, je veille à faire monter les glucides avec des fruits, des smoothies, du riz…L’objectif est de donner des aliments qui vont permettre de refaire le stock de glucose perdu pendant le match et des aliments pour une bonne récupération. » Le nutritionniste de l’ASM explique également qu’il faut différencier les programmes entre les joueurs de champ et les gardiens de but : « Il faut surveiller le nombre de calories. Il peut arriver qu’un gardien n’ait pas besoin de courir pendant un match, donc il faut évidemment le prendre en compte. Pour un gardien, la dépense énergétique est même plus importante à l’entraînement qu’en match. »
Mais la pédagogie représente également une part importante de son travail : « C’est un travail de tous les jours. Notamment de sensibilisation et éducatif. Car à quelques exceptions près, les joueurs n’ont pas beaucoup de connaissances en nutrition. Nous nous attelons donc à corriger leurs habitudes alimentaires. Une autre partie de mon travail est de contrôler la composition corporelle des joueurs : à savoir le poids, la composition de masse grasse, de la masse musculaire, etc… » Il constate d’ailleurs que la problématique de la nutrition est plus ancrée chez les jeunes joueurs : « La nouvelle génération est très sensible à l’alimentation. Quand je suis arrivé au club, J’ai pu conseiller un joueur du centre de formation qui est maintenant dans le groupe pro, et je constate qu’il applique bien tout ce à quoi il a pu être sensibilisé. J’en suis content, car je vois que mon travail porte ses fruits. (…) L’AS Monaco a également recruté un nutritionniste po ur l’Academy. Lorsque ces joueurs arrivent chez les pros, ils ont déjà les bases. »
Le mois de juin est annonciateur de vacances pour un certain nombre de joueurs et souvent synonyme de lâcher-prise. Mais pour Morillas, il ne s’agit pas de faire n’importe quoi dans ces périodes de repos : « Les joueurs partent avec un programme pour essayer de revenir dans les meilleures conditions, avec des objectifs pour qu’ils sachent dans quelles dispositions ils doivent revenir. Nous leur laissons un peu de liberté bien méritée, tout en demandant de faire attention. » Il ne se voit pas pour autant en père Fouettard : « Je n’interdis aucun aliment. Parce que je sais que lors de son jour libre un joueur va avoir envie de se faire plaisir et c’est normal. Je leur dis qu’ils peuvent le faire, mais uniquement de temps en temps et qu’ils doivent privilégier les bons aliments pour leur performance de joueur : les légumes, les fruits, le poisson… »
Limiter les interdits pour tisser un lien de confiance avec les joueurs, c’est un aspect primordial de la mission de Morillas : « C’est important d’avoir de bonnes relations de confiance avec les joueurs. Une fois que la relation est bien installée, la collaboration est meilleure. Pour cela, il faut développer le sentiment d’empathie avec les joueurs, savoir les comprendre et les écouter. Avoir été un joueur professionnel est clairement un avantage pour moi. Cela m’aide à comprendre comment fonctionne le vestiaire et comment aborder les joueurs. » Même s’il admet que certains joueurs lui donnent plus de fil à retordre que d’autres : « Dans une équipe qui compte environ 25 joueurs, il y a toujours des joueurs plus difficiles à convaincre que les autres. En général, il y en a d’abord une dizaine qui vont être très professionnels et suivre en détail tout ce que je leur demande. Il y en a une autre dizaine qu’il faut bien surveiller et il y a toujours deux-trois joueurs qui peuvent parfois se plaindre. »
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