Campora sur la formation à Monaco : « Faire des hommes qui prennent des responsabilités »

Dimanche, contre Auxerre, l’AS Monaco célébrera les 50 ans de son centre de formation. Sur le maillot, les Monégasques arboreront un logo spécial mais pas seulement. D’anciens joueurs formés au club, dirigeants, éducateurs et encadrants seront également présents, et ils auront notamment l’occasion d’effectuer un tour d’honneur pendant l’échauffement des joueurs. Un tour auquel Jean-Louis Campora, président historique de l’ASM pendant 28 ans, devrait prendre part, lui qui a été à l’origine de ce centre de formation, que l’on nomme désormais « Academy », en le lançant lors de la saison 1975-1976. Dans le cadre d’une table ronde organisée le 30 mars à La Diagonale, pour lancer cet anniversaire, l’ancien président monégasque a donné un long entretien sur ce sujet au site officiel du club.

Campora a évoqué la nécessité à l’époque pour l’ASM, qui évoluait en Ligue 2 et avait du mal à se stabiliser à l’échelon supérieur, de se doter de cet outil que l’on trouvait encore peu en France. « Nous prenions des “embryons”, des jeunes que nous voulions accompagner jusqu’au monde professionnel, mais au niveau où nous étions à ce moment-là. C’est-à-dire que quand vous évoluez en deuxième division avec une équipe où il n’y avait pas de grands noms de joueurs, vous recrutiez automatiquement, en dehors des jeunes de la section amateur de l’AS Monaco, un certain nombre de jeunes talents, même si les meilleurs ne venaient pas chez nous. »

« Il fallait remplir à la fois un rôle sportif bien sûr, mais également humanitaire et social »

Jean-Louis Campora

Si les débuts étaient rudimentaires, avec notamment des joueurs qui dormaient chez l’habitant, comme l’avait raconté Claude Puel, Monaco devait aussi se doter des meilleurs éducateurs de France, ce qu’a fait Campora : « Ça a marché parce que nous sommes allés chercher les meilleurs formateurs du moment que nous avions en France avec Gérard Banide et Pierre Tournier. Et quand je ne cite que ces deux-là, c’était parce qu’ils avaient la plus forte réputation. (…) À l’époque on parlait de Nantes, de Sochaux, de Monaco, de Saint-Étienne parmi les meilleures pépinières. Donc dès la mise en place du centre de formation, on a eu très rapidement la possibilité de recruter de jeunes joueurs qui nous donnaient l’impression d’avoir un talent et qui pouvaient se développer dans l’avenir. »

Mais pour le Monégasque de 87 ans, il était aussi important de donner à cette entreprise un rôle qui dépassait le simple cadre du sport : « L’idée était d’amener en même temps une dimension sociale qui était importante, parce qu’on exigeait d’eux qu’ils passent des certifications équivalentes à celui du BAFA. Et deuxièmement, on voulait faire d’eux des potentiels étudiants puisqu’on voulait qu’ils passent le Bac. On avait une forte réussite aux examens d’ailleurs ! Et puis la volonté était aussi d’en faire des hommes et des hommes qui prennent des responsabilités comme sportifs. »

« Nous devions être plus prudents et plus intelligents parce qu’on était à Monaco et on ne voulait pas qu’un scandale vienne retomber sur le club ou la Principauté. »

Jean-Louis Campora

C’est aussi pour cette raison que l’ASM s’est développée au Sénégal : « Comme nous avions tissé des liens forts avec le Sénégal, j’avais eu l’idée de créer à Dakar un centre de formation AS Monaco. Nous l’avions conçu et imaginé avec Aldo Gentina, un Italien qui avait émigré au Sénégal avant la guerre pour fonder ses entreprises, qui adorait le football. Avec lui et en lien avec le Ministre des Sports de l’époque, Malik Sy, on avait donc créé ce centre là-bas. Il fallait remplir à la fois un rôle sportif bien sûr, mais également humanitaire et social, ce que nous n’avions pas tout à fait chez nous. J’avais d’ailleurs exigé que tous les formateurs qui étaient à Dakar soient des Sénégalais, qui avaient appris le métier au préalable en venant en stage chez nous. »

Campora se souvient également qu’il fallait guider ces jeunes joueurs vers le haut niveau tout en évitant les tentations, surtout à Monaco : « Quand vous avez un jeune qui arrive au club vers 15 ou 16 ans et qui va signer son premier contrat pro vers 18 ans, 19 ans ou 20 ans, il y a tout un tas de pièges de la vie à côté. (…) Il faut avoir un esprit solide, une volonté de ne pas se laisser pousser dans des coins qui vous condamneraient à faire du sport professionnel. (…) Et que vous soyez à Auxerre, à Sochaux, à Monaco, à Saint-Étienne ou à Strasbourg, les tentations sont les mêmes. Donc il y avait une vigilance à avoir et qu’on a trouvée un peu partout dans les clubs français de l’époque mais qui chez nous, devait être encore plus forte. Nous devions être plus prudents et plus intelligents parce qu’on était à Monaco et on ne voulait pas qu’un scandale vienne retomber sur le club ou la Principauté. »

Source : AS Monaco

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