Combien d’entraîneurs a consommé Monaco sous Rybolovlev ?

Lundi, Sébastien Pocognoli a officiellement été débarqué de l’AS Monaco. L’entraîneur belge a fait les frais de résultats décevants qui ne lui ont pas permis d’atteindre les objectifs du club, à savoir une qualification pour la Ligue des champions. Arrivé en octobre 2025, le technicien n’aura finalement passé que quelques mois sur le Rocher. Une situation qui s’est déjà vue ces dernières années, comme avec Thierry Henry ou encore Robert Moreno.

Depuis son arrivée à la tête du club, en décembre 2011, Dmitry Rybolovlev a souvent signé des chèques pour mettre prématurément fin aux contrats de ses entraîneurs. Leonardo Jardim, viré par le Russe à deux reprises (octobre 2018 et décembre 2019), avait même empoché en un temps très court deux chèques aux montants astronomiques de la part du milliardaire (une quinzaine de millions d’euros en tout). Entre ces deux indemnités de licenciement mirobolantes, le président monégasque avait aussi dû s’acquitter de celle non moins faramineuse d’Henry, pour un montant estimé entre 15 et 20 millions d’euros.

Cet enchaînement, qui a probablement coûté une trentaine de millions d’euros à l’ASM, a contribué à installer cette réputation de club instable au niveau de son banc de touche, tout en accentuant le ressort comique que le club de la Principauté avait de l’argent à jeter par les fenêtres en distribuant des chèques généreux à tout va. Le renvoi quelque mois après de Robert Moreno, successeur de Jardim, dans une saison marquée par la pandémie et interrompue depuis plusieurs mois, n’a fait que l’amplifier. Et comme on le sait, les réputations se font bien plus vite qu’elles ne se défont. Mais qu’en est-il vraiment ?

12 passages d’entraîneurs en 15 ans

Le chèque que Pocognoli a récupéré en début de semaine a fait de lui le dixième entraîneur à en bénéficier, mais pour autant, cela ne constitue pas le même nombre que celui d’entraîneurs ayant dirigé au moins une rencontre de l’ASM durant ces quinze dernières années. Cela ne donne pas non plus le même nombre de mouvements sur le banc de touche, Jardim ayant fait deux passages différents. Aussi, les intérims d’un match assurés par Franck Passi en janvier 2019 et Stéphane Nado en janvier 2022, ne peuvent être jugés de la même manière. Si le premier avait bien été renvoyé dans la foulée, le second était quant à lui retourné sur le banc de la réserve.

Depuis le rachat du club par Rybolovlev, douze fois le banc de touche a vu s’asseoir un nouvel entraîneur. Sans surprise, Jardim est celui qui a dirigé le plus de rencontres (270) lors des 1897 jours vêtu du costume d’entraîneur sur le total de ses deux passages. Derrière, arrive Adi Hütter, avec 93 matches et 829 jours de présence. Au moment de débuter le dernier exercice en cours, c’était la première fois depuis le premier mandat de Jardim qu’un même homme entamait une troisième saison de suite, pouvant traduire le manque de stabilité sur le banc.

Une chance que n’a pas eu Claudio Ranieri, débarqué après deux saisons complètes au profit du technicien portugais, mais qui aura tout de même dirigé Monaco sur 87 rencontres et 688 jours. S’ensuivent Niko Kovac (74 matches et 531 jours), Philippe Clement (73 matches et 517 jours) puis les passages bien plus courts mais pas nécessairement anecdotiques de Pocognoli, Moreno, Henry et Marco Simone, tant ils disent aussi beaucoup de cette gestion parfois impatiente ou des erreurs de casting qui ont pu être commises.

Monaco n’est pas le club le plus gourmand en termes d’entraîneurs en L1

La durée de vie moyenne d’un entraîneur à l’AS Monaco sous Rybolovlev est de 514 jours, soit à peine plus de 16 mois. Par rapport aux données publiées sur le site transfermarkt en février, et qui compilaient le temps passé en moyenne par un entraîneur en France depuis 2001 (en excluant la dernière saison de Claude Puel à l’ASM), ce nombre arrivait à 518 jours. Il démontre que les dix années qui ont précédé la présidence du Russe n’affectent donc les chiffres qu’à la marge et qu’il existe une forme de constance.

Au long passage de Didier Deschamps s’étaient succédé celui très court de Francesco Guidolin, celui express de Laszlo Bölöni où encore les deux intérims de Laurent Banide. Ricardo et Guy Lacombe avaient quant à eux gagné le droit de recommencer une nouvelle année, sans forcément aller au bout pour le second. Aussi l’ASM, depuis dix années, ne fait pas partie des clubs qui consomment le plus d’entraîneurs en Ligue 1.

L’étude réalisée par L’Équipe avec Opta au moment du remplacement d’Hütter par Pocognoli, en octobre dernier, allait dans ce sens. Quand Monaco avait eu huit coachs sur son banc durant cette période, Nantes atteignait le nombre peu enviable de 15 entraîneurs (passé à 17 depuis) et Marseille 14 techniciens (devenu 15 après le départ de De Zerbi en février). Rennes, Bordeaux, Lille, Lyon, Saint-Étienne, Montpellier, Troyes ou encore Nice affichaient un total plus élevé que l’ASM sur la même période. Et en prenant sur les cinq dernières saisons, le club de la Principauté était encore plus reculé, avec seulement trois entraîneurs différents.

Ainsi, dans la vie d’un club de football au XXIe siècle, il serait tentant de voir les passages d’un Jardim ou d’un Hütter comme faisant figure d’exception quand ceux d’un Pocognoli ou d’un Kovac traduisent ce qui s’apparente de plus en plus à une norme. Ce n’est pas forcément le football qui en sortirait grandi et la vérité universelle de l’entraîneur qui reste le premier fusible quand tout va mal n’est pas près de changer.

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